En France, la question des loyers impayés préoccupe de nombreux propriétaires bailleurs. Face à un locataire qui ne règle plus son loyer, la loi prévoit une procédure d’expulsion précise, encadrée par le Code civil, la loi du 6 juillet 1989 et le Code des procédures civiles d’exécution. Comprendre chaque étape, ses délais, le rôle du commissaire de justice et les garanties disponibles est essentiel pour protéger ses droits tout en respectant ceux du locataire.
Comment expulser un locataire pour loyers impayés ? Quelles sont les étapes légales à respecter ?
La procédure d’expulsion pour loyers impayés débute par une tentative de règlement amiable, puis, en cas d’échec, par l’envoi d’un commandement de payer par un commissaire de justice. Si le locataire ne régularise pas la dette locative dans le délai légal de deux mois, le propriétaire bailleur peut saisir le tribunal judiciaire. Après jugement, un commandement de quitter les lieux est délivré. Si le locataire ne part pas, l’expulsion est mise en œuvre par le commissaire de justice, avec si besoin le concours de la force publique, dans le respect de la trêve hivernale. Chaque étape doit respecter la loi et le contrat de bail, sous peine de nullité de la procédure.
Comprendre l’obligation légale du locataire au paiement du loyer
Le paiement du loyer constitue l’obligation principale du locataire, formalisée dans le contrat de bail. Selon l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989, le locataire doit payer le loyer et les charges aux termes convenus. Le non-paiement, même partiel, d’une seule échéance suffit à caractériser un impayé et peut engager la responsabilité du locataire. Le bailleur doit veiller à respecter la procédure légale pour préserver ses droits et éviter tout vice de forme.
Définitions clés
- Loyer : somme due par le locataire pour l’occupation du logement, telle que définie dans le contrat de bail.
- Impayé : tout montant du loyer ou des charges non réglé à l’échéance prévue.
- Contrat de location : acte juridique qui fixe les droits et obligations du propriétaire et du locataire, incluant souvent une clause résolutoire.
- Clause résolutoire : disposition permettant la résiliation automatique du bail en cas de défaut de paiement, sous réserve du respect de la procédure.
🚨 À retenir : La procédure d’expulsion pour loyers impayés est strictement encadrée par la loi et ne peut être menée que par un commissaire de justice, après décision judiciaire. La présence d’une clause résolutoire dans le bail accélère la résiliation, mais l’expulsion effective nécessite toujours un jugement. Les délais sont incompressibles (minimum 6 à 8 mois) et la trêve hivernale suspend toute expulsion. Le propriétaire ne doit jamais procéder lui-même à l’expulsion, sous peine de 3 ans de prison et 30 000 € d’amende. Chaque étape doit être documentée pour garantir la validité de la procédure.
Les premières démarches face à un loyer impayé
Relance amiable : contacter le locataire
Dès le premier retard de paiement, il est recommandé de contacter le locataire pour comprendre sa situation. Une relance amiable (appel, mail, lettre simple) permet souvent de régler rapidement l’impayé, surtout s’il s’agit d’un oubli ou d’une difficulté ponctuelle. Conserver une trace écrite de ces échanges est essentiel.
En France, la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars) interdit toute expulsion, même en cas de dette locative importante. Seuls certains cas exceptionnels (immeuble en péril, relogement garanti, violences) permettent d’y déroger.
Formaliser un plan d’apurement ou un échéancier de paiement
Si le locataire traverse une difficulté financière passagère, le propriétaire peut proposer un plan d’apurement — un échéancier de paiement écrit et signé par les deux parties. Ce plan peut aussi être transmis à la CAF ou la MSA pour maintenir l’aide au logement.
Mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception
En l’absence de régularisation, la mise en demeure est la première étape formelle. Elle doit être envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception, mentionnant :
- Le montant du loyer et des charges impayés, mois par mois
- L’adresse du logement concerné
- Le délai laissé pour régler la dette
- La référence au contrat de location
Le commandement de payer délivré par un commissaire de justice doit mentionner précisément la somme due mois par mois, l’éventuelle aide au logement perçue et le délai imparti pour régulariser. Sans ces mentions, l’acte peut être annulé.
Activer les garanties : caution, GLI et Visale
Le propriétaire bailleur peut, dès le premier impayé, activer les garanties prévues au contrat :
- Caution solidaire : le garant peut être sollicité immédiatement. En caution simple, il faut d’abord épuiser les recours contre le locataire.
- Assurance loyers impayés (GLI) : permet d’obtenir le paiement des loyers dus selon les modalités du contrat d’assurance.
- Garantie Visale : proposée par Action Logement, elle couvre gratuitement les loyers impayés pour certains profils (jeunes, salariés précaires).
La garantie Visale, proposée par Action Logement, couvre gratuitement les loyers impayés pour certains profils de locataires (jeunes, salariés précaires) et peut être une alternative à l’assurance GLI pour les bailleurs prudents.
Signaler l’impayé à la CAF ou à la MSA
Si le locataire bénéficie d’aides au logement, le propriétaire doit signaler l’impayé à la CAF ou la MSA dès que la dette atteint deux fois le montant du loyer hors charges. Le non-signalement expose le bailleur à une amende.
La procédure judiciaire de recouvrement des loyers impayés
Commandement de payer par commissaire de justice
En cas d’échec des solutions amiables, le propriétaire doit faire délivrer un commandement de payer par un commissaire de justice (anciennement huissier de justice). Cet acte officiel rappelle la dette, précise les sommes dues et laisse un délai légal de deux mois au locataire pour régler ou contester.
| Étape | Acteur | Délai | Conséquence |
|---|---|---|---|
| Commandement de payer | Commissaire de justice | 2 mois | Régularisation ou poursuite de la procédure |
| Assignation en justice | Propriétaire / Bailleur | Variable | Audience devant le juge |
| Jugement d’expulsion | Juge | Variable | Résiliation du bail / expulsion possible |
| Commandement de quitter les lieux | Commissaire de justice | 2 mois | Départ volontaire ou expulsion forcée |
Commandement de payer
Commissaire de justice — 2 mois
Régularisation ou poursuite de la procédure
Assignation en justice
Propriétaire / Bailleur — Variable
Audience devant le juge
Jugement d’expulsion
Juge — Variable
Résiliation du bail / expulsion possible
Commandement de quitter les lieux
Commissaire de justice — 2 mois
Départ volontaire ou expulsion forcée
Contestation du locataire et intervention du juge des contentieux de la protection
Le locataire peut contester le commandement devant le juge des contentieux de la protection. Le juge peut accorder des délais de paiement supplémentaires ou prononcer la résiliation du bail si la dette locative n’est pas réglée. Le juge de l’exécution intervient également pour superviser l’application des décisions de justice.
Assignation devant le tribunal judiciaire
Si le locataire ne règle pas la dette dans le délai imparti, le propriétaire doit saisir le tribunal judiciaire pour obtenir la résiliation du bail et l’expulsion. L’assignation doit être délivrée par un commissaire de justice et respecter un formalisme strict.
Décision de justice : jugement et titre exécutoire
Le tribunal rend un jugement qui peut :
- Prononcer la résiliation du bail et ordonner l’expulsion du locataire
- Accorder des délais de paiement
- Rejeter la demande du propriétaire si la dette a été réglée
Le jugement constitue un titre exécutoire permettant la suite de la procédure. Si le locataire ne quitte pas les lieux, une indemnité d’occupation peut être réclamée pour chaque mois d’occupation illicite.
La résiliation du bail et la procédure d’expulsion
La clause résolutoire : conditions et mise en œuvre
La clause résolutoire, prévue dans la majorité des baux, permet la résiliation automatique du contrat en cas d’impayé, après l’envoi d’un commandement de payer resté infructueux. Toutefois, même en présence de cette clause, seule une décision de justice peut autoriser l’expulsion.
Résiliation du bail sans clause résolutoire
En l’absence de clause résolutoire, le propriétaire doit saisir le tribunal pour demander la résiliation du bail et l’expulsion, en démontrant la gravité de la faute du locataire.
Commandement de quitter les lieux
Après jugement, un commandement de quitter les lieux est délivré par le commissaire de justice. Le locataire dispose d’un délai légal de deux mois pour libérer le logement, sauf décision contraire du juge.
Expulsion du locataire : commissaire de justice et concours de la force publique
Si le locataire ne quitte pas le logement à l’issue du délai, le commissaire de justice peut procéder à l’expulsion, avec le concours de la force publique si nécessaire. L’expulsion ne peut avoir lieu que les jours ouvrables, entre 6h et 21h, et jamais pendant la trêve hivernale.
Un propriétaire qui tente d’expulser lui-même un locataire (changement de serrure, coupure d’eau ou d’électricité) s’expose à des sanctions pénales pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 30 000 € d’amende, même en cas d’impayé avéré.
Respect de la trêve hivernale et exceptions légales
La trêve hivernale suspend toute expulsion du 1er novembre au 31 mars. Seules des situations exceptionnelles (immeuble en péril, relogement assuré, violences avérées) permettent d’y déroger. Pendant cette période, il est interdit de procéder à l’expulsion, même en cas d’impayés persistants.
👉 Un locataire peut-il être expulsé pendant la trêve hivernale ?
Non, l’expulsion est strictement interdite du 1er novembre au 31 mars. Il existe des exceptions rares : relogement adapté, immeuble en péril ou violences avérées dans le logement.
Cas particulier : l’expulsion des squatteurs
La loi du 27 juillet 2023 (loi Kasbarian) a créé une procédure simplifiée et accélérée pour l’expulsion des squatteurs — personnes occupant un logement sans droit ni titre, sans avoir jamais été locataires. Le propriétaire peut saisir le préfet directement, sans passer par le tribunal, pour obtenir une décision d’expulsion dans un délai d’environ 72 heures après la demande.
La procédure préfectorale accélérée de la loi du 27 juillet 2023 ne s’applique qu’aux squatteurs (occupation sans droit ni titre). Elle ne peut pas être utilisée contre un locataire en impayé, même si le bail est résilié — la procédure judiciaire classique reste obligatoire dans ce cas.
Recouvrement après expulsion et gestion de la dette locative
Évaluation de la dette locative
La dette locative comprend le loyer impayé, les charges, les intérêts légaux et les frais liés à la procédure (commandement, commissaire de justice, tribunal). Le propriétaire peut également demander des dommages et intérêts pour le préjudice subi, incluant le coût du garde-meuble si des biens restent sur place.
Moyens de recouvrement
Après expulsion, le propriétaire peut faire exécuter le jugement par un commissaire de justice, qui pourra procéder à une saisie sur salaire, une saisie des biens mobiliers ou un gel des comptes bancaires du locataire, dans le respect des barèmes légaux. L’injonction de payer est également un outil efficace pour obtenir le règlement des impayés restants.
Négociation et plan de paiement post-expulsion
Même après l’expulsion, un accord amiable ou un plan d’apurement peut être négocié avec le locataire pour le paiement échelonné de la dette restante.
Prescription et délais pour réclamer la dette locative
Le délai de prescription pour réclamer un loyer impayé est de 3 ans à compter de l’échéance impayée (loi ALUR du 24 mars 2014). Passé ce délai, la dette ne peut plus être légalement recouvrée.
Cas particuliers et solutions adaptées
Locataire insolvable ou en situation de surendettement
Si le locataire est insolvable, le commissaire de justice peut effectuer des recherches pour vérifier sa solvabilité. Le bailleur peut saisir la commission de surendettement ou la CCAPEX (Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions). Des solutions de relogement peuvent être proposées à la personne expulsée en lien avec les organismes sociaux.
Locataire parti sans remettre les clés
Si le locataire quitte le logement sans remettre les clés et laisse une dette locative, le propriétaire doit faire constater l’abandon par un commissaire de justice et saisir le juge pour obtenir la reprise des lieux.
Bail sans clause résolutoire
En l’absence de clause résolutoire, le propriétaire doit saisir le tribunal pour demander la résiliation du bail et l’expulsion, en démontrant la gravité de la faute du locataire.
Intervention du garant : caution solidaire vs caution simple
👉 Le garant peut-il être sollicité dès le premier impayé ?
Oui. Si le cautionnement est solidaire, le bailleur peut réclamer le paiement au garant dès le premier impayé, sans devoir poursuivre d’abord le locataire. Pour une caution simple, il faut d’abord épuiser les recours contre le locataire.
Prévention et gestion efficace des loyers impayés
Sélection rigoureuse des locataires
Pour limiter les risques d’impayés, il est essentiel de vérifier la solvabilité du locataire (revenus, garanties, situation professionnelle) avant la signature du bail. La demande de caution ou la souscription d’une assurance loyers impayés renforce la sécurité du bailleur.
Gestion locative proactive
Tenir une comptabilité précise, relancer rapidement en cas de retard et entretenir une communication régulière avec le locataire favorise la prévention des impayés. La mise à jour régulière de l’état des lieux et des documents contractuels est également recommandée.
Utilisation des assurances loyers impayés et garanties contractuelles
L’assurance loyers impayés (GLI) ou la garantie Visale permettent au bailleur de sécuriser le paiement du loyer et de bénéficier d’un accompagnement en cas de contentieux.
Recours à la médiation et à la CCAPEX
En cas de situation complexe, la médiation ou la saisine de la CCAPEX peut permettre de trouver une solution amiable avant d’engager une procédure judiciaire.
👉 Le propriétaire peut-il retenir le dépôt de garantie pour compenser des loyers impayés ?
Oui, à la fin du bail, le propriétaire peut imputer les loyers impayés sur le dépôt de garantie, après avoir justifié la dette. Il ne peut en revanche pas utiliser ce dépôt pour couvrir des impayés en cours de bail.
Infos pratiques
- Quand un loyer est-il considéré comme impayé ? Dès le lendemain de la date d’échéance prévue au bail, même en cas de retard de quelques jours.
- Qui paie les frais de commissaire de justice ? Les frais sont à la charge du locataire, mais le propriétaire doit les avancer. Ils sont récupérables une fois la créance reconnue par le juge.
- Délai total d’une procédure d’expulsion ? Entre 8 et 18 mois en pratique, selon la complexité du dossier, les délais judiciaires et la trêve hivernale.
- Le propriétaire peut-il expulser un locataire qui paie son loyer ? Non, l’expulsion ne peut être prononcée que pour des motifs légaux : impayé de loyer, troubles de voisinage, défaut d’assurance, etc.
Conclusion
La gestion d’un impayé de loyer exige rigueur, réactivité et respect scrupuleux de la procédure légale. Chaque étape, de la relance amiable à l’expulsion, doit être documentée et menée dans le respect des droits de chaque partie. Privilégiez le dialogue, utilisez les garanties adéquates et respectez la loi pour éviter tout risque de nullité ou de sanction. La prévention reste la meilleure stratégie pour limiter les risques d’impayés et préserver la relation locative sur le long terme.
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Les questions des internautes
Délai légal minimal : 6 à 8 mois. Durée moyenne réelle : 12 à 24 mois.
La trêve hivernale (1er novembre au 31 mars) peut rallonger la procédure de plusieurs mois si elle débute en automne. Les audiences et délais judiciaires s’ajoutent à chaque étape.
Sanction : jusqu’à 3 ans de prison et 30 000 € d’amende (article 226-4-2 du Code pénal).
Sont interdits : changement de serrure, coupure d’eau/électricité, toute pression sur le locataire. L’expulsion illégale peut aussi entraîner le versement de dommages et intérêts au locataire.
1. Mise en demeure par LRAR
2. Injonction de payer devant le tribunal (procédure simplifiée sous 5 000 €)
3. En cas d’abandon : constat d’abandon par commissaire de justice + autorisation judiciaire de reprise des lieux
Ensuite : recouvrement par saisie sur salaire, comptes bancaires ou biens mobiliers.











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